Dimanche de Pâques, Robbie m'a proposé un brunch au Graham's grill. Nous y voilà à 12h30 pile. On se régale et converse avec grand plaisir. Nous nous retrouvons ensuite dans son atelier pour faire un échange d'œuvres. Je donne à Robbie le livre sur Pierrefeu et un tirage de la Yosemite River et elle me donne un livre, exemplaire unique, que j'aime énormément, Memento Mori, où il y a à la fois tout son art et l'évocation de Taos et de ses femmes.Quand son amie Jenny arrive, on part se balader, au bout de la route 570, old state road, toujours. On descend par sentiers et rochers vers le rio Pueblo où Jenny nous montre les pétroglyphes, son sujet de recherche.
Retour un peu pressé car ce soir les wurlitzeriens dînent ensemble, au restaurant. Comme d'habitude on rigole et on finit avec une glace chez moi. Zut j'ai pas d'alcool. Ça manque quand même un peu.
Taos
77 - Flash Back Rio Grande et Red River, Appartenance au Monde Naturel, Ici et Maintenant, Vie et Mort
Hier, après Le ranch de DH Lawrence, j'étais allée là où la Rivière Rouge se jette dans le Rio Grande avec la vue sur leurs deux canyons qui se rejoignent.Marcher. Respirer le souffle du vent.Et quand le vent tombe, à cette heure sans chants d'oiseaux, le silence est tel que j'entends l'eau. Terriblement beau. Les parois s'assombrissent, presque noires contre le ciel renvoyant la lumière du couchant, juste en face sur la rive opposée, les rivières, tout au fond des gorges, là-bas en bas, restent longtemps visibles comme des rubans très légèrement phosphorescents... Et la sauge qui couvre les landes à l'entour d'un vert de plus en plus cendré. Images tremblées.
Place au crépuscule, à cette heure si bien dite entre chien et loup, que j'aime répéter.Place à la paix qui monte et aux images en train de s'effacer dans l'ombre bleue de la nuit: le ciel comme une succession de toiles gigantesques, le ruban enluminé de l'eau, les daims si craintifs, puis plus tard les lumière des villes de passage:
76 - Ecriture Blog, Jankélévitch, le Ranch de DH Lawrence, Dorothy Brett, Rio Grande et Rivière Rouge au Nord de Questa
En réponse.Je ne crois pas qu'on écrit un journal... qui serait publié éventuellement après, ou une histoire: écriture faite a son bureau, face a soi dans un premier temps et sur laquelle on revient au fur et à mesure que l'histoire se déroule comme on publie un blog.Dans un blog, le déroulement est direct et sans retour sur ce qu'on a écrit, avec biffures ratures suppressions ajouts etc... Regarde les manuscrits des écrivains. Déjà on constate que les écrivains qui écrivent sur ordi écrivent différemment. Il n'y a plus de brouillon. La pâte de l'écriture se transforme si facilement. C'est comme le mariage on y réfléchissait à 2 fois avant de se quitter. A l'écriture sur papier aussi. Notre génération a encore cela dans la tête, la rédaction à l'école, peaufiner, s'appliquer... Dans un blog ou tous ces "échangés" internet tu lances les choses dans l'espace et dans l'instant, tu ne les revoies pas, corriges pas, je veux dire. Finalement, j'y passe du temps parce que j'essaie de construire un truc comme pour les photos, mais en direct.Je crois que c'est ce qu'internet a changé en symbiose avec le monde tel qu'il est devenu, l'instantané des choses. Des écrits qui rejoignent le domaine de la parole. On disait les paroles s'envolent, les écrits restent.C'est marrant, parce que chez les peuples dont la transmission se fait par la parole, la parole a l'importance que les écrits ont chez nous. On pèse ses mots et on parle moins. Les indiens que j'ai écoutés utilisent le silence a l'intérieur du discours, comme les Africains.Je sens dans la frénésie de communication occidentale, blogs, forums etc... une rapidité qui fait que c'est souvent pas grand chose. On répond parfois sans même avoir lu jusqu'au bout. On réagit, avant tout, à sa propre vie ou à celle des autres. Très émotif. Un flux, et comme une rivière, il passe indéfiniment. Nos sentiments, nos pensées ont-elles le temps de déposer dans nos mémoires les alluvions que laissent les fleuves dans leurs courbes? Ou nos échanges sur toile virtuelle sont-ils comme les canaux, la ligne la plus courte d'un point à un autre, et dont la marie salope, (nom donné à un chaland à fond plat, comme vous savez), racle et vide les vases pour qu'à nouveau ça circule?
Mais certains d'abord les jeunes parce qu'ils sont nés dans ce monde utilisent cette écriture internet comme, il me semble, une autre manière d'écrire, en se servant de l'instantané, justement.Peut être pourrait-on comparer cela au passage photographique des lourdes chambres nécessitant de longs temps de pose et de préparation (préparatifs qui seraient comme les brouillons de l'écriture classique) et induisaient une certaine manière de photographier, aux premiers leica rapides ainsi que tous les autres petits formats argentiques qu'on emporte dans la poche puis au digital où on prend des photos sans compter puisque une fois acquis l'appareil, ça ne coûte rien et quand c'est mauvais, on efface. A chaque fois cela a ouvert aux photographes d'autres possibilités, des langages nouveaux.
En écriture c'est comme si on était en train de passer au digital. Cela débouche sur d'autres manières de penser, d'œuvres aux formes nouvelles aussi.Avec ce blog, j'essaie d'écrire sans y trop revenir, dans cet état de fraîcheur du dialogue d'une conversation. Ce qui provoque les mêmes dérives que quand on parle entre ami(e)s cher(e)s, qu'on a la nuit devant soi (un peu moins maintenant qu'à 20 ans, faut bien dire) et que la discussion passe souplement d'un sujet à l'autre. Dérive où, au lieu de directement décrire ou raconter, essayer d'être éventuellement marrante..., on part d'un presque rien et débouche sur un pur déroulement de pensée. Ça échappe.
Le presque rien me ramène soudainement à la Sorbonne et aux cours de Vladimir Jankélévitch, quasiment les seuls que je ne voulais jamais rater.
Dans ses essais sur le «je ne sais quoi et du presque rien», Vladimir Jankélévitch est, à la suite de Bergson, le philosophe du devenir, qu'il veut surprendre «sur le fait», en flagrant délit, en équilibre sur la fine pointe de l'instant !Après, dans l'autosatisfaction du fait accompli, l'être se reforme autour de son égoïté, de ses souvenirs teintés de complaisance et de nostalgie: de mort, de liberté, d'amour, il n'est déjà plus question. Mais il reste de cet instant brévissime, de ce «presque rien» où l'être s'est amenuisé jusqu'à n'être presque plus rien pour aimer, un «je ne sais quoi» qui traîne dans l'atmosphère, comme un charme, et rien ne sera plus comme avant!, etc...En voici 3 citations:"J'aime que la musique ne soit pas sourde à la chanson du vent dans la plaine, ni insensible aux parfums de la nuit.""La gaffe est l'administration massive, intempestive, et inopportune de ces vérités qu'une posologie civilisée dose en général goutte par goutte.""Comment le mensonge ne serait-il pas une tentation quand l'homme faible et puéril est si vite ébloui?"Je ne résiste pas à le saluer à nouveau, dans cette courte vidéo devant des jeunes à la MJC de Bourges,et avec ces extraits de sa biographie:"Vladimir Jankélévitch est né dans une famille d'intellectuels russes. Son père médecin, Samuel, fut l'un des premiers traducteurs de Freud en France.Les Jankélévitch fuient les pogroms antisémites dans leur pays et s'installent en France. Vladimir entre en 1922 à l'Ecole Normale Supérieure où il étudie la philosophie.Reçu premier à l'agrégation en 1926, Jankélévitch part pour l'Institut français de Prague l'année suivante. Il y enseigne jusqu'en 1932. De retour en France, il enseigne dans plusieurs lycées et à l'université de Toulouse, ainsi qu'à Lille.Sous le régime de Vichy, il est déchu en même temps de la nationalité française et de son poste d'enseignant.En 1941, il s'engage dans la Résistance. Il dira : "Les nazis ne sont des hommes que par hasard".Il retrouve en octobre 1947 son poste de professeur à la Faculté de Lille.Professeur à la Sorbonne pendant près de trente ans, Vladimir Jankélévitch a marqué de nombreuses générations d’étudiants par ses cours de morale et de métaphysique mais aussi par sa personnalité.Il a écrit des livres jugés importants comme Le Traité des Vertus ou La Mort et a également porté un regard neuf sur la musique des 19ème et 20ème siècle.Philosophe engagé, il fut de tous les combats de son siècle (Résistance, mémoire de l’indicible) joignant philosophie et histoire vécue.La pensée morale de Jankélévitch ramène à une vie vécue selon l’ordre du cœur puisque ce dernier, et lui seul, constitue la vraie structure d’acte de sa philosophie.Son combat était de faire reconnaître le primat absolu de la morale sur toute autre instance.Fin de matinée superbe temps, je pars visiter le ranch de DH Lawrence, au nord de Taos, en montant vers la montagne, au début de la forêt.Sombre endroit pourtant, en ce début de printemps peut-être faut-il l'été pour s'y sentir bien. Aujourd'hui la glace enserre encore la maison et pas de vue.
Il y a aussi le pin que Georgia O'Keeffe qui avait rencontré Lawrence à Taos était venue peindre au ranch.
Et pour finir, je tombe sur cet avertissement collé sur la porte de l'habitation réservée aux guides!
Ravie d'apprendre que si on sait s'y prendre lorsqu'on croise un ours, ça peut nous permettre de vivre une magnifique expérience et sauver la vie de cet ours.La suite au prochain article.
75 - Vendredi Saint ou Good Friday, Landes, Croix, et Morada bien sûr









74 - Banalité, Les routes à l'Ecart, Les Maisons d'à coté, Rio Grande et Ciel Gris du Soir
Hier, la femme du magasin s'est trompée. Faut dire, on avait toutes les 3 beaucoup bavardé et rigolé, Robbie et moi avions essayé plein de trucs, commenté etc… J'avais bien l'impression que le prix était assez élevé.Soudain, comme cela arrive quelquefois, après avoir passé du temps sans penser au temps, il faut vite rentrer, il y a ça et ça à faire, immédiatement. Je ne dis rien. Arrivée chez moi je regarde et oui elle s'est pas mal trompée.J'y retourne aujourd'hui en passant par les petites routes, celles à l'écart, vous savez, où il y a des gros trous, des longueurs juste sablées en attendant de rebitumer après l'hiver et la neige. Et ces gens qui vivent isolés, dans des maisons éparpillées, des ranches. Le mot ne me semble pas bon, il y a une modestie de ces endroits qui rend le mot ranch clinquant, à nos oreilles d'Européen. A peu près au milieu, il y aura un hameau avec une post office et son drapeau américain planté à côté, et un grand store, qui me paraît petit, où on trouve tout, y compris une bibliothèque avec prêt de livres et de films.Cette banalité, cette terre sans extraordinaire mais si vaste me plaisent de plus en plus. Je crois que l'espace amplifie, comme une respiration consciente (cf les pratiques où on "travaille" sa respiration) améliore la santé mentale et celle du corps… On dirait qu'ici l'espace embellit la terre, non lui enlève toute médiocrité. L'alternance entre la beauté naturellement inouïe de certains sites comme Chaco Canyon, les mesas autour d'Acoma, Grand Canyon, Monument Valley, le Canyon de Chelly et la singularité sans emphase des terres fermières ou des landes indiennes, celles qui s'étendent au-delà de la Morada par exemple, où je me suis souvent promenée est ce qui me plaît tant. Le regard porte à l'infini. No limit.Je me sens bien avec l'espace entre les gens que ça crée et la solidarité que l'immensité, l'isolement et le "débrouillez-vous" (sans l'état) semblent engendrer - même si on parle souvent de l'extrême individualisme des Américains. A chaque fois que je me suis arrêtée le long d'une piste ou d'une petite route très isolée, les rares gens qui passaient par là ont tous ralenti pour vérifier que tout allait bien. Sauf une fois un énorme 4/4 à qui justement je faisais signe pour lui demander l'état de la piste plus loin et qui m'a ignorée. A l'intérieur j'ai vu des gros touristes, avant d'être empoussiérée par leur vitesse. A vrai dire je crois que ce serait la même entr'aide dans les endroits perdus de France. Ici je le remarque plus parce que je sens le danger créé par les distances. Quelquefois on est vraiment loin de tout. Combien de temps faudrait-il marcher?En repartant d'Ojo Caliente, je m'arrête prendre un café et sandwich dans un bar où les gens ont tous l'air de se connaître. Bon je suis l'étrangère mais ne peux m'empêcher de regarder et écouter. Les plaisanteries, les gentillesses, les échanges de nouvelles. Il y a la patronne et quelques fermiers on dirait. Rentre un jeune couple avec leurs 2 enfants. Ils commandent à déjeuner. Très vite un des fermiers qui les a fait travailler à la journée on dirait, leur demande s'ils ont trouver du boulot. Il s'inquiète:- "J'espère que vous avez aussi trouvé un endroit parce que la météo annonce du très mauvais temps d'ici deux ou trois jours. Vous pouvez pas rester dans vos tentes." Réponse vague du couple. Le type plus âgé ajoute:- "En tout cas si vous avez rien trouvé, venez me voir, on s'aarangera vous pouvez vraiment pas rester dehors avec les enfants en plus!"Tout le bar écoute maintenant. Un sentiment de solidarité, d'urgence, de générosité en quelque sorte inévitable se fait palpable. Ce genre de situation peut ici arriver à n'importe lequel des présents, semble-t-il.Silence. Un peu de temps passe. Les gens me voient, puisque je suis restée un peu plus que prévisible.Alors un autre s'adresse à moi:- "Et vous qu'est-ce que vous faites là, qu'est-ce qui vous amène. Vous êtes pas dans les eaux, là-bas?"- "Hier si et puis j'avais oublié un truc, j'en ai profité pour revenir, en prenant les petites routes. J'aime les routes à l'écart, plus long mais un autre monde se montre. "- "Ah! Et vous venez d'où?"- "Oh, pas très loin, Taos. Mais ça me plaît d'être là dans ce café qui me semble presque familial! On y sent une ambiance chaleureuse."- "Bon, ben bonne continuation. Toujours marrant de croiser un visage inconnu ici."Je paie, sors, prends une photo du bar, à défaut d'avoir demandé d'en prendre une à l'intérieur, comme si ça avait pu rompre le fil très délicat un court moment tendu entre nous.
Retour par le même chemin, lumière différente, point de vue inversé, de quoi réinventer le parcours.
Terminer en beauté avec la route qui longe le Rio Grande jusqu'à Pilar. Aujourd'hui tonalités sourdes sous le ciel encore plus gris du soir qui vient.
Et la maison-panneau, à la fin, qui dit toute ma journée.
73 - Rumsfeld et Ojo Caliente, Achats Américains, Sentiment d'Urgence, la Vie
Amérique, terre de contrastes, du hurlement silencieux contre Rumsfeld au bord de la 64 à la paix whisperisante des eaux d'Ojo Caliente !9h30. Départ pour aller me baigner dans les eaux chaudes naturelles.
Cela me direz-vous, vous qui me connaissez, ne me ressemble pas du tout. C'est un fait. C'est le genre d'endroit que j'évite, je n'aime pas ces bains où on ne bouge ni ne nage et où on est "serré" tous ensemble. MAIS nous sommes aux USA, ce sont des eaux indiennes, Robbie m'a invitée et on adore parler de photo et de tout le reste, alors…Me voilà en maillot de bain turquoise clair à bavarder en chuchotant, (il y a écrit partout "no louder than whisper" ou quelque chose comme ça), tout en profitant des bienfaits de ces bassins successifs. Ma peau sera douce et hydratée, mon visage jusqu'à la ligne d'eau bruni par le soleil traitreusement voilé."Lorsque les explorateurs espagnols des 15e et 16e siècles ont rencontré les sources chaudes naturelles du Nouveau-Mexique, ils en ont découvert les propriétés curatives que les Indiens connaissaient depuis des siècles.Les baigneurs modernes savent que, toute exagération mise à part, les eaux minéralisées qui tourbillonnent le long du Rio Grande et des autres voies navigables sont bonnes pour la santé, au-delà de la simple relaxation. Si vous longez les rives suffisamment longtemps, vous rencontrerez de nombreuses sources naturelles. Pour ceux qui n'ont pas le temps de chercher, il existe une poignée de vieux établissements thermaux à la mode, à proximité d'Albuquerque, de Santa Fe et de Taos, où vous pourrez faire la même expérience revigorante que les voyageurs épuisés d'autrefois.Les sources minérales d'Ojo Caliente 30 minutes de Taos, comprennent plusieurs bassins de minéraux différents : fer, sodium, lithium, soufre et arsenic (oui,c'est bon pour la santé!) Pas besoin de se préoccuper d'étaler sa cellulite ou ses bourrelets de graisse dans cet établissement thermal discret, intentionnellement peu prestigieux, ce qui est un avantage quand on veut juste se baigner."Déjeuner, puis Robbie m'entraîne dans un magasin juste à côté qu'elle aime bien.
Et moi aussi. Plein de trucs en tous genres, avec en particulier une gamme impressionnante de vêtements qu'on pourrait qualifier de "hippie renewal", aux imprimés extravagants et - quand j'essaie une tunique juste (!) par curiosité - mettables. Vous devinez, non vous savez.
Je repars avec 2 ou 3 tuniques et une veste en laine bouillie bleu ciel avec des bandes noires et des étoiles d'un gris presque argenté.Souvenir de l'Amérique, le départ approche, je le sens à l'urgence photographique qui m'assaille, et à laquelle je résiste en continuant tranquillement comme si le temps à venir était infini. Comme pour la vie, comme si…
72 - Questions de Peintres, de Photographes? Earthships
Revenons à: LE, LES.PARENTHESE d'abord: vous savez sur les murs des musées les explications, je les lis le plus souvent et si je ne les lis pas parce que je les trouve ce jour-là inutiles ou trop longues, toujours les admire, ces lettres soigneusement ou originalement écrites, j'adore. J'imagine la repeinture entre 2 expositions, la réécriture pour parler d'un univers à chaque fois singulier. Ou retrouve-t-on toujours un peu les mêmes mots à chaque fois? Le jeu serait alors de ne pas effacer les mots récurrents, et de parler d'artistes et d'œuvres différentes en gardant les pivots et en remplissant les mêmes vides (rigolo j'ai écrit vide, j'aurais pu mettre espace) avec d'autres mots. Je sens une œuvre conceptuelle possible, là.J'ai lu dans une exposition ou dans un livre que Monet peignait pour d'abord capturer la lumière particulière à chaque heure du jour, chaque moment climatique, d'où ses séries. Que Cézanne lui, continuait la même toile à différentes heures du jour, sans se préoccuper de la lumière particulière à chaque moment, parce que son idée était que le tableau devait représenter l'essence de ce qu'il avait vu, dans une sorte d'éternité absolument indifférente à la lumière. Ce qui m'a plutôt à priori étonnée, sachant le nombre de Sainte Victoire dans l'œuvre de Cézanne. Et puis j'ai quand même pensé, c'est en en peignant plein qu'il arrive à une sorte d'essence platonique de ce qu'il a vu. Mais il les a toutes gardées, enfin, celles qu'on voit. Combien en a-t-il sacrifiées de Sainte Victoire, quand désespéré de ne rien vendre, il jetait ses toiles par la fenêtre?Pour finir sur une note personnelle, photographique, très modestement - Ah! Le geste du peintre - c'est cette question qui m'intéresse n'en faire qu'une ou faire une série. Jusqu'à maintenant le mieux pour moi a été de travailler en série. J'aime justement non pas l'instantané mais les variations climatiques d'humeur, de pensée, de regard. Revenir au même endroit et voir ce que la durée ajoute ou soustrait. N'en ferais-je qu'une, un jour, LE jour?Me voilà donc sur des routes que j'ai bien des fois empruntées, (merveille des termes) pour quelques clichés avec père et fils, rivière, chiens...Quelques miles plus loin, il y a à droite un ensemble de vaisseaux-maisons, les earthships, sortis d'un récit de science fiction, sur la route 64 ouest, celle qui passe par le pont au-dessus des gorges du Rio... Grande, bien sûr.
Pour finir, retour aux clichés avec une série de routes qui se perdent dans des ciels occupés aux métamorphoses qu'ils aiment tant rejouer pour nous tous de la terre.
71 - Recette Feuilletonneuse, le Réel, l'Instantané, le Temps, l'Homme avec le Chien
Ce que le blog a de particulier c'est qu'il est à la fois dans l'instant de soi et dans la rencontre momentanée avec celui ou celle qui lit, et pourtant c'est de l'écrit.Aujourd'hui c'est peut-être ça le changement:Glisser de la reconnaissance donnée à "l'oeuvre" qui perdure, exprimée avec codes, apprentissage, et s'inscrivant ainsi dans une histoire de l'art,à de l'instantané qui, dès qu'il est exprimé et visible peut être considéré comme oeuvre d'art. Selon quels critères? La pertinence par rapport à une contemporanéité ?La photographie a justement participé à ce changement. Elle a, du fait de son côté mécanique, essuyé le mépris du monde de l'art et obligé les peintres à ne plus viser la véracité, l'exactitude, le savoir faire, mais à cultiver l'originalité du point de vue. D'où aussi toutes ces variations dans l'art contemporain du plus objectif avec si possible pas d'émotion au plus intimement subjectif avec déchirements de l'âme ou (et) du corps, ou une oscillation de l'une à l'autre à l'intérieur de l'oeuvre.Me voilà à regarder par la fenêtre.
70 - Retour avec la lune
Lumière de plus en plus orangée.Je ressors du canyon par la piste du nord, qui rejoint 20 ou 25 miles plus loin la 550 bitumée. Regarder en arrière, et je vois monter sur le canyon le gris bleu de la nuit. Mais le soleil n'en finit pas d'enluminer l'horizon. Et à chaque courbe de la piste, la lune de plus en plus brillante refroidit l'autre lumière. Envie d'écouter Tonada de Luna Llena par Caetano Veloso.
Une sorte de paix absolue m'oblige à m'arrêter sans cesse. Les voitures qui me précédaient sont loin maintenant. Je sors, respire l'air à chaque fois un peu plus frais, quelques pas, oubli de tout le reste, accord parfait avec ces moments faits d'un présent qui semble éternel, alors qu'ils sont la fugacité même, entre chien et loup. Maintenant le silence.
A l'embranchement avec la route bitumée (enfin!), d'après la carte je suis sur la 550 et il faut tourner à droite. Un grand doute à cause d'un panneau qui indique Pueblo Pintado. Or ça semble à l'opposé. Je recule sur le côté, j'attends un peu, réfléchis et chance, y'a des phares au loin. La voiture approche très lentement. Je fais des appels de phare. La voiture s'arrête.- "Je ne suis pas très sûre, c'est bien la 550 et c'est bien à droite pour aller vers Cuba et ensuite Taos?".- "Bonjour, vous venez d'où?"- "De France"- " Bienvenue, la 550, c'est de l'autre côté."- "Merci, au revoir".Il dit un truc que je ne comprends pas, hausse les épaules, fait un geste de la main et démarre. Je le suis. 50m avant la 550, il fait demi tour. M'aurait-il dit "Follow me."?Grande route, voitures, camions, on fonce tous. Mais c'est long, seule dans la nuit. Cuba, tourner à gauche.A nouveau personne, les mesas, les montagnes, de grandes taches claires, la neige qui n'a pas fondu, 4, 5 voitures, et juste avant Albiquiu, je croise un troupeau de vaches. Tellement improbable que je m'arrête et trop tard, il n'en reste qu'une, je prends la photo.
Je retrouve enfin une route que je connais, puis la 68 qui traverse Taos. J'arrive avec l'impression d'avoir vécu plusieurs journées, une avec Jean-Pierre, puis Acoma superbement isolé, les highways et leurs immenses camions qui roulent à toute allure, Chaco Canyon, les pistes et ces petites routes serpentantes et soltaires où on a tellement l'impression d'un monde resté, laissé à l'écart?Ce soir encore, le vent fort dans les arbres autour, pour aller me coucher, vous vous levez.
69 - Chaco Canyon
Très vite la route est absolument incroyable. Quelques très rares ranches une voie de chemin de fer qui longe puis traverse la route, des vaches au loin, des successions de mesas et de canyons, quelques arbres, 3 voitures croisées. L'espace ocre, pâle, ou couleur sauge, quelquefois presque rouge et dans la voiture la musique.Lumière très forte. Contemplation. Cette femme qui visite les moutons, cet homme à moto, et moi. La piste maintenant, pas si mauvaise. Oui c'est rocailleux ou argileux, et à chaque brusque petit sommet je vois bien que quand c'est mouillé ça doit être impossible. Mais aujourd'hui, juste faire attention. De la rigolade.Prudemment j'arrive en vue de Fajada Butte. A l'entrée il y a un pont sur la rivière à sec. Je m'arrête, belle vue sur l'ensemble du site. En revenant à la voiture je regarde vers la rivière: 5 daims ou wapitis, tranquilles en train de me regarder. Photo malgré l'ombre, ils s'éloignent sans se presser et passent dans le soleil. Il est un peu plus de 18h, juste le temps de visiter la partie basse du site: Pueblo Bonito, Pueblo del Arroyo.
Le soleil va se coucher, je regagne la route avec 2, 3 autres retardataires. A l'ouest, à ras des bords du canyon le soleil, à l'est la lune.La suite... Le retour avec la lune.
68 - Jean-Pierre s'en va, Acoma, Grants
Jean-Pierre part à midi d'Albuquerque. Nous y sommes vers 10h30. Adieux. Et presque à chaque fois j'entends alors Gérard Philippe dans Lorenzaccio:- "… des adieux, des adieux sans fin, les rives de l'Arno pleines d'adieux ! - les gamins l'écrivent sur les murs;…"La 25 north puis la highway 40 west qui va vers Gallup, Flagstaff et qui passe pas très loin du pueblo Laguna que nous avions visité avec Cécile et d'Acoma où nous n'avions pas été, trop loin pensions-nous.Quitter la grande route, rouler jusqu'à Acoma, les cottonwoods, les mesas, le sable ocre rose, le lit de la rivière à droite à sec, gris beige, et il faudra que je sois très près de la mesa, pour voir la silhouette allongée du village, les maisons, l'église, de la couleur des roches et de la terre. visitor center, ticket, bus toutes les heures pour y monter.
Y aller seul? Impossible sans connaître quelqu'un de ses habitants. Toujours le panneau: No visitor beyond this point.Alors nous visiterons avec Conrad, notre guide. La vue et l'église n'en seront pas moins belles, le plaisir par contre moins plein.
J'aurai quand même le temps de me renseigner sur Chaco Canyon,- "Par où vous passez pour aller à Chaco Canyon?- "On peut y aller en prenant la 40, contourner par l'ouest Tsoodził, the turquoise mountain, ou le Mont Taylor, comme vous l'appelez, après Grants la 605 north jusqu'à White Horse, plus de route en face, prendre vers l'ouest et à Seven Lakes, la piste plein nord jusqu'à Chaco Canyon."
Avant Grants je vois un visitor center, y vais demander confirmation de tous ces renseignements. 3 rangers sont là. Ils sortent une carte et tracent la route qui correspond exactement aux explications de Conrad.- "Et la piste, est-ce que je peux la prendre, j'ai une voiture "normale", pas un 4/4?".Un des rangers téléphone à Chaco Canyon.- "C'est bon, me dit-il, la piste est très sèche et ils ferment au coucher du soleil, à 19h30"- "Combien de temps il faut?"- "Oh, vous allez mettre entre 1h30 et 2 heures."Parfait. Je fais le plein d'essence et d'eau, j'ai 2 vestes derrière, bonnet, gant, pull, des raisins et des amandes (ce sont les habitudes d'ici, il fait froid la nuit et sur certaines routes on ne croise pratiquement personne.)
Bon, évidemment je me perds dans Grants, me retrouve dans une vague rue avec dans une sorte de casse des restes de camions, wagonnets, extracteurs (?), plus loin un ensemble de bâtiments qui lui a l'air encore utilisé. Probablement pas car les mines d'uranium ne sont plus exploitées depuis les années 80. Je continue et arrive vers un café, un immense type, maigre et costaud, en train de monter dans sa voiture. Lui fais signe. Il s'arrête, je lui demande la route.- "Vous connaissez la route pour Chaco Canyon?"- "Chaco canyon, connais pas, je connais Zuni canyon, Chaco ça me dit rien."- "J'ai une carte".- "Oui je peux voir." Il situe où on est, voit le tracé jaune des rangers et m'explique comment retrouver la bonne route et ajoute:- "Faites attention, vers Seven Lakes on voit pas bien l'embranchement."Il doit penser si elle peut se perdre dans Grants, elle est pas arrivée. En fait c'est plutôt ma légère angoisse devant ce trajet que tout le monde m'a décrit comme très aléatoire. Mais ne pas se dégonfler, juste me concentrer. C'est parti.
La suite au prochain numéro...
67 - Katya Bonnenfant et Kota Ezawa, Le Rio Grande, 502 et 503 roads, la Terre des Tamayame, Sandia Mountain avec Jean-Pierre
Nous partageons la table du petit déjeuner avec un jeune couple. Ils parlent Anglais, tous les deux avec un accent, français il nous semble pour elle et plutôt allemand pour lui. Au bout d'un temps, elle se tourne vers nous: "Mais vous parlez Français", "Nous sommes français comme vous, non?" Ils sont tous les deux artistes, elle habite Lyon, lui San Francisco et il est moitié japonais, moitié allemand. Ils se sont rencontrés pendant une résidence en Allemagne. Ils sont peintres, mais écrivent aussi et utilisent la vidéo. On sympathise, on discute.













66 - Ancient Alive, Red River, Eagle Nest, Wheeler Peak, James "T Model" Ford au Shadows, Gombo Project et Baptiste Russell à l'Alley Cantina
Après le petit déjeuner, je montre à Jean-pierre où j'habite. La fameuse casita 9s, son chauffage à gaz, sa cuisine claire et l'immense pièce avec le piano "Würlitzer". Pendant que Jean-Pierre lit ses mails, je fais un café, puis nous partons faire un tour de la plaza et de Bent Street. Rendons visite à Jocelyn Martinez, peintre et qui vend aussi dans sa galerie "Ancient Alive" des bijoux, des peintures, des gravures, des poteries faites par d'autres "native artists". Repas chez Graham's.Nous partons vers le nord de Taos pour "faire" l'Enchanted Circle, qui passe par Questa, Red River et Eagle Nest puis redescend par la HW64 vers l'est de Taos. Partis sous le soleil, le parcours nous déçoit.Bientôt la brume, la neige, des nuées sombres ou japonaises" enchantent" les paysages. Animaux et hauts arbres si sombres sur le blanc laiteux des champs.
Rosi de brume, le rouge incongru des saules le long des rios, d'ardoise brillante on dirait, et traversés d'éclats étincelants dans une brusque déchirure des nuages. Tout en haut, un troupeau de chevaux. La boue, les maisons éparses, le Wheeler Peak de partout visible et qui culmine à plus de 4000m, l'espace dont le blanc de la neige efface les limites, un ranch, rendent encore plus sensibles l'éloignement et peut-être l'isolement de ces vies sauvages, rudes.
Descente sous les flocons.
Un thé pour se réchauffer et nous passons chez Taos Sound, le meilleur disquaire de Taos, se renseigner sur les bons endroits de musique pour ce soir.Le disquaire sort pleins de cd à écouter et JP en choisit 2. Puis il nous dit qu'il y a un concert exceptionnel au "Shadows", avec un très vieux bluesman du Mississipi, 90 ans et encore surprenant: James "T Model" Ford.Nous parle ensuite d'un groupe: Gombo Project et Baptiste Russell qui joue à l'Alley Cantina. En avant, pour la musique et ce sera bien.
Nuit étoilée pour rentrer chez Mabel Dodge.
65 - Arrivée de Jean Pierre, Albuquerque, la Chambre d'Ansel Adams, Mabel Dodge Luhan House
Aujourd'hui, Albuquerque pour accueillir Jean-Pierre qui arrive de Denver. Départ à 14h avec cd enegistrés en dernière minute pour la route. Ecouter Alela Diane, James Keelaghan, Andy Spillane, Paul Mousey, Capercaillie, John Surman, Leszek Mozdzer et Lars Danielson sur ces routes américaines, au chaud et – il faut le dire - au large. Traversée de villes banales aux noms de toutes origines, La Cienega, Dixon, Velarde, Ohkay Owingeh, Pojoaque, Camel Roc, Tesuque, Algodones, Sandia Crest…, échappées somptueuses sur le Rio Grande et les cottonwoods, sur les Sangre de Cristo aux sommets enneigés et la Sandia Mountain.




64 - Rio Hondo, Taos Ski Valley, Valdez, Soleil du Soir
Neige à nouveau.Partir vers Arroyo Seco.
Suivre le Rio Hondo, enchâssé de neige.
Montervers la Taos Ski Valley, voir la neige commencer à tomber fort, avoir peur.Vite redescendre par Valdez, vallée protégée par ses montagnes.
Reprendre la vers Taos.
Retrouver les chevaux de l'autre jour, hier.
Drôle de journée avec neige, brumes, éclaircies. Le soir ensoleillé, de la fenêtre, regarder encore.
63 – Chez Caryn et Mark, Pêche à la Mouche, Allergies, Hobo, Destins parallèles, le champs
Au nord de Taos, avant de raconter le dîner d'hier, j'ai envie de vous montrer ce champ là, qui me fascine chaque fois que je passe, aujourd'hui à pied.Hier soir, chez Caryn et Mark, dîner avec crabes, paella, salade, gâteaux, tout absolument délicieux. Nous étions 6 et ce fut une bonne soirée, malgré un début de conversation, à propos du menu, sur toutes ces allergies d'aujourd'hui, en particulier celles par lesquelles on risque d'étouffer. Les fruits de mer avaient évidemment la part belle dans ces récits. Quand j'ai vu la taille – magnifique – des pinces de crabes, j'ai commencé à penser que ce soir, ça allait être mon tour. Caryn nous avait judicieusement précisé que dans ces histoires d'allergie, la crainte pouvait servir de catalyseur. Peur donc. Au milieu du repas - j'avais pris soin de d'abord me régaler de paella et de salade - j'entame les pinces. Voilà qu'il me semble que ma bouche gonfle, est-ce que ça va gagner la gorge? Malgré ma volonté que tout se passe au mieux, serais-je obligée de déranger? Je me concentre sur le côté délicieux, sur la conversation avec toute une partie sur la pêche à la mouche mais je ne me rappelle plus bien, me répète quelle andouille tu es, ça ne t'ai jamais arrivé (Pas vraiment un bon argument) etc… Le repas continue, la conversation aussi, grâce à quoi, j'en suis sûre, la petite gêne, probablement psychologique, comme on dit, restera négligeable, poliment en retrait.Maintenant que je sais que certain(e)s de Taos utilisent la traduction google (qui d'ailleurs raconte quelquefois une histoire différente de celle que j'ai écrite) pour lire le blog, je resterai très discrète et ne raconterai qu'une seule chose belle comme un conte:Il était une fois Caryn et Mark.Ils se connaissent depuis le collège mais il a une petite amie qui est justement la fille qui partage la chambre de Caryn.Ils deviennent amis inséparables et en toute amitié font plein de trucs ensemble, balades, musique, 400 coups…Plus tard, ils habitent, à 5 miles l'un de l'autre tout à fait au nord près du Canada, dans l'état de Washington. Pratiquement personne n'habite dans ces froides immensités! Ils ne s'y rencontreront pas. Auront-ils rêver l'un de l'autre, là-bas, en toute proximité ignorée, en toute beauté?Il part vivre à Chicago épouse une femme écrivaine, ils ont des enfants.La vie continue. Ils s'écrivent de loin en loin.Caryn retourne à San Francisco.Un jour, Mark décide d'aller voir Caryn là-bas, en Californie.Parenthèse: Il fut un habitué (un peu hobo) des trains qu'on prend sans payer, souvent en discutant avec le chauffeur. Les conducteurs de train aiment ça en général parce qu'ils souffrent d'être si seuls. Dans l'ouest en tout cas, et la police très cool. Sur tous les voyages qu'il a fait "en hobo", une seule nuit en prison. Lui, comme les autres, passaient au tribunal mais le jugement se résumait presque toujours à: "Quittez la ville avant midi." Exactement comme au cinéma! Je n'en crois pas mes oreilles. Les seuls flics qui l'avaient jeté en prison lui avaient d'abord commandé un repas. Quand le lendemain il repart à la gare se renseigner sur le train qui va dans la bonne direction, le conducteur lui indique comme d'habitude la bonne voie. Après, tu prends le train en marche, généralement de marchandises et on te laisse une porte de wagon ouverte! Donc en allant à la gare, il croise 2 autres hoboes, (le "e" je suis pas sûre, mais flemme de vérifier). Il leur dit: "Faites gaffe il y a 2 flics pas loin", et raconte son histoire de pizza et de nuit en prison.- "Ouah, disent les 2 mecs, c'est ça qu'il nous faut, on a rien bouffé depuis hier. On y va."Arrivé à San Francisco, très tard et complètement à l'improviste, il va directement chez Caryn. Ce soir-là, elle est avec un petit ami. Il repart. Des années plus tard, Caryn, séparée, habite à Santa Fe, Mark divorcé, à Taos ou le contraire. En tout cas, après 2 ou 3 ans au Nouveau Mexique, ils se croisent à une fête sur la plaza, et… décide de vivre ensemble, ont des enfants, se marient. Ici où nous sommes en train de dîner, dans leur superbe maison en adobe, un peu labyrinthe. Pas d'étage et serpentante, oui c'est plutôt comme ça qu'on pourrait la qualifier. Bien à plat, au bord d'une mesa, avec la vue. Chaque espace, pas trop grand donne une impression d'intimité.Au mur, dans la cuisine salle à manger, les masques étonnants que Caryn collectionne. Ils viennent tous d'endroits différents et chacun a son histoire.On se quitte en s'embrassant ou plus exactement en se serrant dans les bras, (hug) comme tout le monde fait ici. Et ici ça va, car on a l'impression de se connaître plus qu'on ne se connaît.Aujourd'hui donc, très longue balade a pied vers le nord de Taos. Toujours ce mélange incongru de signes religieux, d'originalité déclarée, de maisons cabanes, d'urbanité marchande. Ça doit pas vouloir dire ce que je crois, tant pis c'est joli et il est très tard encore ce soir.
Je vais dormir. Je chercherai un autre jour!
62 – The Gatekeeper, Meg Hutchinson, Jean Baudrillard et Amérique, Questions Photographiques
Lundi, envie de traîner, cherche sur internet la chanteuse dont j'ai entendu un interview samedi dernier sur Radio Santa Fe: Meg Hutchinson. Elle a en particulier raconté l'histoire d'un type qui empêchait les gens de se suicider en sautant du Golden Gate Bridge à San Francisco. En a fait une chanson The Gatekeeper.Je suis en train de lire Amérique de Jean Baudrillard,. Dans la vidéo, après une présentation un peu longue, Baudrillard parle de photo.Il écrit: "Au fond les Etats-Unis, avec leur espace, leur bonne conscience brutale, y compris dans les espaces qu'ils ouvrent à la simulation, sont la seule société primitive actuelle. Et la fascination est de les parcourir comme la société primitive de l'avenir, celle de la complexité, de la mixité et de la promiscuité la plus grande, celle d'un rituel féroce, mais beau dans sa diversité superficielle, celle d'un fait métasocial total aux conséquences imprévisibles, dont l'immanence nous ravit, mais sans passé pour la réfléchir, donc fondamentalement primitive… La primitivité est passée dans ce caractère hyperbolique et inhumain d'un univers qui nous échappe, et qui dépasse de loin sa propre raison morale, sociale ou écologique. (…) En Amérique, l'espace donne une envergure même à la fadeur des suburbs et des funky towns. Le désert est partout et sauve l'insignifiance."Pas mal, ce lien entre l'espace et une société du futur dont l'évolution nous échappe. Ce qui me semble étrange c'est que jusqu'à maintenant la vieille Europe, entre autres pays, tout en vilipendant cette société, marche sur ses traces. En adopte souvent les manières, les modes, la brutalité économique, sans l'espace fondamentalement constitutif des Amériques, qui laisse respirer, survivre d'innombrables niches, marges incontrôlées, éléments échappant encore à la toute puissante règle de la consommation qui épuise le monde? Comment faisons-nous en Europe? Pareil?La photo argentique était (reste sporadiquement) une forme de ce pas de côté. Lenteur, économie de pellicule, regarder au lieu de prendre. Sans doute est-ce pour ça que j'ai toujours un peu de mal à dire "prendre une photo", même si je sens bien ce qu'a de prédateur le fait de photographier. Pêcheur ou chasseur donc. D'où aussi l'expression et la revue: chasseur d'images que je n'aime pas. J'ai toujours pensé que les images ne se chassaient pas, elles se trouvent là, tranquilles et en général les meilleures viennent à vous sans qu'on sache vraiment comment la rencontre se fait mais en tout cas le geste le plus pur sera alors comme celui du pêcheur à la mouche, très patient et très préparé, mais avec la disponibilité souple et absolue du moment. Comme ces pêcheurs aiment à le répéter, faut être zen! Justement ce soir je vais dîner chez Caryn et Mark, et ils ont invité un pêcheur à la mouche et c'est exactement ce qu'il nous dira.Qui penserait au mot affût pour un pêcheur pourtant toujours à l'affût?Autre divagation ou promenade de la pensée. Nous sommes passés à l'ère digitale et je sens bien comme la consommation nous prend immédiatement en traître, en laisser aller, en consommation. C'est tellement économique, ça coûte rien. Au bout d'un certain temps on réagit, on se dit il faut freiner, arrêter cette orgie de photos, des milliers, des millions. Comme dans la vie le tri des déchets après, au lieu d'une économie préalable.Fin de logorrhée.Action, 16h00, le rio Grande de Ranchos pour une tentative neigeuse. L'eau et la neige sur une pellicule argentique en noir et blanc. Histoire de se contenir. Eviter le gaspillage. J'ai bien du mal!Je vais ensuite directement chez Caryn et Mark qui habitent tout près de là et m'ont invitée à dîner. Mais je me perds, erre un bon moment avant de les trouver!A demain pour la suite.
53 - Elégance à la Française, Vernissage Photo à la Wilder Nightingale Gallery, Joyeux Dîner au Love Apple
Repas succinct, petit tour en ville.On se retrouve comme convenu, à 17h30 à la Wilder Nightingale Gallery pour le vernissage: Pamela est déjà partie, mais il y a Nancy, la femme peintre de l'autre fois, Heather, Jim le mari de Robbie, Steve Immel, Cris Pulos, Pattie Traynor, Doug Yeager… les photographes avec qui on parle des photos qu'on aime, on rit, on boit, on regarde encore les photos. Et puis on se dit à demain pour la discussion.Liz George et moi partons dîner dans un restaurant au nord de Taos, le Love Apple, pour fêter mon anniversaire. Délicieux repas, vin de France (pas chauvine du tout), ambiance vraiment chaleureuse. On parle de la résidence, des rencontres, de ce qu'on fait, des autres, du vernissage, de la neige, de nos familles… Belle soirée sans photos. Repos. On rentre, s'embrasse encore dans la nuit, devant nos casitas et chacun chez soi. Douceur de ces moments.
48 – Artistes de Taos, Blumenschein, Steve Immel, Nancy Delpero, Lande Moradesque
Envoi de mails ce matin. Et un à DG Nanouk, j'adore le nom de cette poétesse inuit, pour lui proposer une collaboration éventuelle autour des rivière puisqu'elle en parle beaucoup (comme James Thomas Stevens d'ailleurs) et que je suis ici aussi pour continuer cette série commencée en 2000. Sale temps de neige maintenant fondue. Je lis quelques Postcards from Ed, et pars en ville visiter le Harwood Museum, qui justement ferme le lundi!Qu'à cela ne tienne juste à côté il ya la maison d'Ernest Blumenschein qui est avec Bert G. Phillips à l'origine de la présence de tant d'artistes à Taos.Longue conversation avec Nancy, peintre elle aussi, et qui fait l'accueil en attendant de gagner plus d'argent avec ses tableaux. Elle me parle donc de la vie de Blumenschein de sa femme Mary et de sa fille Hélène tous les trois peintres et qui ont au fil des années acheter l'une après l'autre, les pièces qui constituent la maison. Il ya 3 puits dans le jardin.
Taos a eu l'électricité et l'eau courante en 1930. Avant, eau du puits et bougies. Ensuite la conversation dérive sur les artistes de Taos, très solidaires, me dit Nancy et nous pouvons même parler d'artistes que nous connaissons toutes les deux: la chanteuse Jenny Bird, Robbie Steinbach avec qui elle a collaboré pour une exposition ou encore un de ses amis, photographe de l'Hacienda Martinez qui va exposer avec Robbie à la Nightingale Gallery à partir de samedi prochain. Je lui parle d'une photo de Steve Immel, que j'ai beaucoup aimée, sur son site, 3 tipis dans la neige dont on ne voit que des bouts. Justement me raconte-t-elle :- Un matin très tôt je vois la neige épaisse tombée la nuit même et un brouillard qui flotte devant les montagnes et sur la lande et j'ai tout de suite appelé la femme de Steve pour lui dire d'aller photographier au plus vite… Probablement ce jour-là, les tipis. Nous nous reverrons samedi. Ravie de t'avoir parlé, Marie." Ça m'a bien fait plaisir aussi.Quand je sors, lumière très particulière et brume blafarde pour adoucir les tombes et la mort ? Retrouver la lande moradesque, avec la pleine vue sur les montagnes. Parfaitement hivernal très gris et blanc, sauf à l'ouest une sorte de feu orangé, comme si l'hiver sentait l'arrivée du printemps, et tenait à nous imprégner de sa beauté. C'est rude mais prenant.
Juste en repartant, je me retourne, par habitude. Je croyais que le crépuscule en avait fini avec la lumière, non pas complètement, encore rosées les montagnes à l'est. Contente de cette rencontre, de la visite, de la balade sur la lande.
Rouge réconfortant de l'enseigne et j'arrive chez moi. Le vent dans les arbres. Le poêle se met en route. Souffles devenus familiers, chaud au coeur et aux pieds. Fatiguée ce soir encore. Ce n'est plus le chien.Je me couche trop tard! Avec dans la tête les images confondues des pénitents à la noire morada de Blumenschein et de la mienne quand je me retournais et la voyais splendide, sombre avec ses montagnes comme un rêve qu'elle aurait fait.
34- Gloomy weather, Exoticism, Mirroring the World
It snowed all night. Cancel the ride with Patrick to Coyote Creek, on the other side of the mountain. Hole up inside to read and sort through photographs. The snow is thick, the weather, bad. It snows again. t snowed all night. Cancel the ride with Patrick to Coyote Creek, on the other side of the mountain. Hole up inside to read and sort through photographs. The snow is thick, the weather, bad. It snows again. I read through some very old notes. Ah! The exoticism, a concept that refuses all notion of attachment, because as soon as it is familiar, it has lost its exoticism. Free is the path of one who cherishes the exotic. What about the words describing the flavor of the world, the exaltations, words that express love, promises?It would be good to recapture the quiescent times of adolescence when one had the time, the painful time to regain the color and the grief that arise to disturb the moments of love and beauty. One reflects the world anew. It should not be forgotten that one magnifies that which one loves.
Gray outside. Warm inside. I begin to connect bits of text with the photographs, those that can be better understood through writing. At work.