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Lisières du temps

Ce chaos inorganisé mais organique, plutôt sombre au fond, «prend» forme. Formes dont l'essentiel renvoie au dévoilement.

Fragments successifs, fractures ombreuses et surfaces surexposées,
saisies frontales pour garder trace de l'état primitif de la forêt.

 

Derrière, devant, ailleurs, entre les arbres, au-delà des rochers, combien de sentiers à parcourir pour attraper la lumière qui vibre là-bas, telle la frayeur qui me sépare de moi-même?

 

Que l'arbre ne cache pas la forêt. Que l'odeur minérale des gorges et des platières ou d'humus des sous-bois, la pénombre éclairée d'en haut, le balancement des feuilles, les écroulements de rochers et l'écoulement des sables nous redisent nos peurs nos rêves d'enfants devenus matière photographique. Et nous parlent de ce qui ne passe pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chemins dégagés ou fermés, passages traversant l'image ou s'y enfonçant, perspective ouvrant sur la netteté de la profondeur de champ ou le flou du temps écoulé, qui racontent une forêt, ici, mélange inséparable de données naturelles et de soins humains.

 

 

 

 

 

Ce qui saisit d’emblée, ici, c’est qu’il n’y a personne. C’est un désert sans l’espace. C’est l’automne tardif, ou l’hiver. C’est tard ou très tôt. L’absence n’est que l’invisibilité d’une présence énorme. Il y tous ces passages, l’usure des roches. Ce peut être aussi bien des cheminements de bêtes vers les trous d’eau, des coulées, des restes de périples anciens, des sentiers qui se refermeront dès que la fougère aura fini d’écrire son histoire dentelée, commencée dans les marges, et qui arrive à la pliure de sable.
— Pierre Lieutaghi Lisières du Temps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mouvement est la seule conscience. Le temps est immense. Je le vois partout étalé sur la terre. Je marche au milieudu paysage fabuleux, et c’est dans le temps que je marche. J’escalade des ravins, je traverse des forêts, je bois l’eau des mares.
— Jean-Marie Gustave Le Clézio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche d'un soir où soudain, entre chien et loup, les lieux cent fois contemplés se transforment en blocs d'un temps lointain: moment d'avant les mots.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il fut un temps où ce n’était pas la forêt, mais la roche et la glace...

Aux petites heures de février, les creux pleins de pluie durcissent une mince nostalgie de banquise — mais c’est aussi un miroir abandonné par la fée, qui s’est fendu en éclats de refus pour ne plus jamais accueillir d’autre image.
— Pierre Lieutaghi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Promenons nous dans les bois...

 

pendant que les animaux y vivent encore, là-bas, invisible présence qui donne aux arbres, aux roches, aux sols, aux eaux, à l'air même, ce sentiment de pleine existence. Chaque élément prend sens parce qu'il fait partie de l'ensemble.
Et alors oui, il me semble que j'appartiens au monde.